Illustration : ses paumes pesent sur ses epaules

Les murs invisibles

Histoire courte sur la manipulation qui fait douter de soi

Il est assis sur le canapé, le téléphone à la main. Il fait défiler l’écran avec le pouce. Depuis le dîner.

Sur la table, son assiette est encore là, repoussée vers le centre, la serviette en boule dessus. Le verre d’eau plein.

Elle reste debout dans l’embrasure. Il ne lève pas les yeux du téléphone.

« Tu es fâchée ? »

Trois secondes avant qu’il ne bouge. Il fait défiler une fois de plus, puis pose le téléphone face contre le tissu du canapé. Il tourne la tête vers elle.

« Pourquoi je serais fâchée ? »

Le coin de sa bouche remonte d’un seul côté.

« Au dîner, tu t’es levée pendant que je te parlais. Tu n’as pas répondu quand je t’ai demandé pour samedi. Tu as poussé ton assiette avant que j’aie fini la mienne. Et tu as repris ton téléphone à table. »

Il se penche, reprend le téléphone, le retourne dans sa main sans le rallumer.

« Tu pars encore dans tes délires ? »

Elle baisse les yeux. Elle tire sur la manche de son pull, la lâche, recommence.

« Je suis juste fatiguée, je crois. »

Il se lève. Il s’approche, pose ses paumes à plat sur ses épaules. Il appuie. Pas fort. Juste assez pour qu’elle sente le poids.

« Tu réfléchis trop. Tu te fais du mal toute seule, tu sais ? »

Sa main descend le long de son bras, s’arrête au poignet, le tient une seconde de plus que nécessaire.

« Faut pas le prendre comme ça. Personne d’autre ne te comprend comme moi. »

Elle ferme les yeux. Quand elle les rouvre, il sourit. Sur la table, l’assiette n’a pas bougé.

Les murs invisibles

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Récupérer des miettes de temps quand tu vis sous emprise

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Des micro-stratégies concrètes pour reprendre du temps à soi sans déclencher de crise. Pour celles qui qui ne peuvent pas (encore) partir.

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2 commentaires

  1. Histoire courte mais pesante, on ressent bien cette atmosphère malsaine aux vibrations basses.
    Cette histoire, n’est qu’un petit reflet du quotidien de trop de femme qui subisse à en perdre leur estime de soi. Nous avons juste envie de lui crier  » Barre-toi « , si seulement c’était si simple…
    Bravo pour ta petite histoire bien écrite 👍🏼
    Pascal

  2. Merci beaucoup, Pascal, pour ton retour ! Je suis ravie que l’atmosphère de l’histoire soit bien passée, même si, effectivement, elle est lourde et pesante.

    Et oui… « Barre-toi » semble être la solution évidente, mais la réalité est souvent bien plus complexe. Entre l’emprise, la peur, le doute et toutes les entraves (matérielles, émotionnelles…), ce n’est jamais aussi simple qu’on le voudrait. C’est aussi pour ça que j’écris sur ces sujets : pour montrer ces mécanismes invisibles et, quelque part, donner des clés à celles et ceux qui les subissent.