Le moment où tout bascule sans bruit
Le wagon tangue. Elle a posé la tête contre la vitre, la main gauche autour d’un gobelet en carton tiède.
À côté d’elle, il fait défiler son téléphone, l’écran incliné vers lui. Il s’arrête, tourne légèrement l’appareil vers elle.
« Tu te souviens de ce message-là ? »
Elle se penche. C’est leur conversation d’il y a deux ans. Des mots qu’elle a écrits un soir où il rentrait tard d’un déplacement.
« Oui. Je crois. »
« Tu disais que tu ne pouvais pas passer une journée sans moi. »
Elle ne répond pas tout de suite. Elle repose le gobelet sur la tablette.
« Et maintenant ? Tu dors très bien toute seule, non ? »
« Je dors, oui. »
« Voilà. »
Il verrouille l’écran, pose le téléphone face contre la tablette. Il croise les bras.
« Les gens changent vite. »
Le contrôleur passe dans le couloir. Elle suit son dos des yeux jusqu’au bout du wagon. Hier, elle a dormi à côté de lui. Avant-hier aussi. La semaine dernière, elle lui a demandé s’il voulait qu’elle annule son déplacement de jeudi pour rester ; il a dit non, vas-y.
L’annonce d’arrivée passe en deux langues. Elle se lève avant que le train ne ralentisse complètement. Le sac glisse de son épaule, elle le remet.
« On descend ensemble », dit-il.
Sa voix est revenue à la normale.
Sur le quai, il pose la main sur son bras, au-dessus du coude.
« On prend un café avant le métro ? »
« Tu m’as dit des choses bizarres dans le train. »
« Quelles choses ? »
« Sur les messages. Que les gens changent vite. »
Il la regarde, sourcils légèrement remontés.
« On a parlé de vieux messages, c’est tout. T’en fais une histoire. »
Il tire doucement sur son bras. Sa main glisse jusqu’au creux de son dos.


