Illustration toxiques Valaxie : Le linge dans la machine - couple a table, machine a laver en arriere-plan

Le linge dans la machine

Sept heures. Le linge mouillé est encore dans le tambour depuis hier soir.

Il est habillé : jean foncé, chemise repassée. Assis à table, le téléphone dans la main, il scrolle.

Elle serre le gilet sur ses épaules. Elle s’assoit en face, les deux mains autour de la tasse.

Il parle sans lever les yeux du téléphone.

Il demande : « Tu n’as pas étendu le linge ? »

Elle revoit la scène d’hier. Lui debout dans le couloir, le sac de sport à la main ; elle, sortant de la salle de bain.
Il a dit, mot pour mot : « laisse, je l’étends en rentrant. »

« Je croyais que tu l’avais étendu. Tu avais dit en partant que tu le ferais en rentrant. »

Il lève les yeux : « J’ai jamais dit que je le ferais. J’ai dit “laisse” parce que tu allais être en retard. C’est toi qui as décidé que ça voulait dire que je m’en chargeais. »

Elle ouvre la bouche. La referme.
La phrase qu’elle a dans la tête ne ressemble pas à celle qu’il vient de dire, mais il a parlé sans hésiter.

« Oui… désolée. J’ai dû mal entendre. »

Il pousse la tasse vers elle.

« Bois quand c’est chaud. Tu n’aimes pas quand ça refroidit. Ça t’énerve. »

Elle hoche la tête. Elle boit une gorgée. C’est brûlant.

Il la regarde. « Tu fais tout de travers quand t’es fatiguée. Faut que tu te couches plus tôt. »

Hier, elle s’est couchée à 22h30. Il a regardé des vidéos jusqu’à 1h, sans baisser le son.

Il repose son téléphone. « Peut-être que ce serait plus simple si tu n’avais pas autant de trucs en tête. Je pourrais gérer les repas cette semaine ? Pour te libérer. »

Il pose sa main sur la sienne. Il appuie un peu.

« Sauf si tu préfères encore t’obstiner à faire tout toi-même pour me reprocher après que je t’aide pas assez. »

Il retire la main. Il se lève, prend sa sacoche.

« Je te laisse ranger. Je sais que tu préfères quand c’est fait à ta manière, de toute façon. »

Sur le pas de la porte, il se retourne.

« Essaie de pas pleurer aujourd’hui, d’accord ? Ce serait bien que tu passes une journée sans te laisser envahir. »

Il cligne de l’œil. Il ferme la porte.

Sur la table, la tasse refroidit. Une fine pellicule de lait s’est formée à la surface. Elle n’y touche plus.


Ce texte fait partie des Fragments : de courtes scènes où une relation toxique se joue, mot à mot, dans un geste ordinaire.

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