Écologues, écologistes : de quoi parle-t-on ?
Le sujet m’importe, et pourtant je ne me sens pas légitime à me dire écologiste. Je ne suis ni militante, ni spécialement engagée, alors le mot me semble trop grand pour moi. Mais en y regardant de plus près, ce n’est peut-être pas moi qui suis trop petite pour le mot : c’est l’image qu’on lui a collée qui est trop étroite. Dire « écologiste », c’est prendre le risque qu’on entende « tu votes pour les Verts, alors », ou qu’on s’imagine forcément une militante à plein temps. Comme si le mot ne pouvait exister que dans ces deux cases-là. Sauf qu’on mélange allègrement plusieurs choses très différentes, et ça mérite qu’on y mette un peu d’ordre.
L’écologue : un métier, pas une opinion
L’écologue (voir la définition sur Wikipédia) est un scientifique. Formé à l’université en biologie ou en sciences de l’environnement, il étudie les relations entre les êtres vivants et leur milieu, c’est la définition même de l’écologie, la science. Concrètement, un écologue peut travailler en bureau d’études, en recherche, en gestion d’espaces naturels : il produit des diagnostics, des inventaires de biodiversité, des études d’impact avant qu’un projet ne sorte de terre.
Rien de militant là-dedans. C’est un métier, avec un diplôme, une méthode, des données. Un écologue peut très bien ne jamais voter pour un parti vert : sa discipline ne lui demande pas d’opinion, elle lui demande de la rigueur.
L’écologiste : une conviction, qui peut aussi devenir un parti
L’écologiste, c’est autre chose : quelqu’un qui place la préservation de l’environnement au centre de ses valeurs et de ses actes. Ça n’exige aucun diplôme. On peut être écologiste dans ses choix de consommation, son discours, son engagement associatif, sans jamais avoir mis les pieds dans une fac de biologie, et sans jamais avoir voté pour un parti vert non plus.
C’est là que le mot prend deux sens qu’on confond trop souvent :
- une posture personnelle : une conviction, une manière de vivre ;
- une étiquette politique : les partis qui portent l’écologie comme projet électoral (Europe Écologie Les Verts, par exemple).
Pourquoi ça mérite d’être précisé
Réduire « écologiste » au parti, c’est faire disparaître tout le reste : les gens qui trient, qui réduisent, qui s’informent, qui s’engagent localement, sans étiquette, sans carte, parfois même sans jamais en parler. Ça fait aussi disparaître la science : un écologue n’est pas automatiquement un militant, et un militant n’est pas automatiquement formé en écologie. Deux mots, deux réalités, une seule syllabe de différence : de quoi entretenir la confusion pendant encore longtemps si personne ne la nomme.
La preuve que le mot déborde largement les cases où on veut l’enfermer : j’ai un jour lu quelqu’un se revendiquant du Rassemblement National, parti que je n’associe pourtant jamais à l’écologie, dire qu’il était écologiste, et que ça n’avait rien à voir avec son vote. Cela m’a marquée, mais sur le fond, il avait peut-être raison, ou pas, puisque être écologiste, c’est une conviction personnelle, pas un chapitre de programme électoral. Ce cas-là mériterait un article à lui seul (un aperçu des votes RN et LFI à l’Assemblée sur ce sujet, ici).
La prochaine fois qu’on vous dira « t’es écolo, toi ? » sur ce ton-là, vous saurez quoi répondre : ça dépend de quel mot vous parlez.