cheval de Troie en bois avec pancarte Droits des pères

Les collectifs Pères en colère : entre défense des pères et circulation d’idées masculinistes

Les expressions « Papa en colère », « Papas en colère » ou « Pères en colère » désignent aujourd’hui plusieurs réalités en France. Cela va de groupes Facebook d’entraide à une association locale implantée en Moselle-Est.
Ces espaces se structurent autour de la défense des pères séparés. Ils s’inscrivent aussi dans un paysage militant où la cause des pères est régulièrement analysée comme un vecteur de diffusion des idées masculinistes.

Des réalités multiples derrière le nom « Papa/Pères en colère »

Sous ce nom, on trouve d’abord des groupes Facebook comme « PAPA EN COLERE » ou « Papas en colère ». Ils fonctionnent principalement comme des espaces de discussion entre pères séparés ou divorcés confrontés à des difficultés de garde ou de droit de visite.
On y partage des témoignages, des demandes de conseils et des messages de soutien. Ces groupes ne prennent pas nécessairement la forme d’une association structurée et n’affichent pas toujours de ligne idéologique explicite.

Il existe aussi le site « Papa En Colère » (papaencolere.com). Il se présente comme un lieu d’échanges autour des séparations conflictuelles, de la résidence alternée et des litiges familiaux. Le site publie surtout des témoignages et des discussions. Il ne formule pas de programme politique détaillé, même s’il s’inscrit clairement dans l’univers des « papas séparés » et dans une critique récurrente du fonctionnement de la justice familiale.

Enfin, une association intitulée « Pères en colère » s’est structurée en Moselle-Est, autour de Sarreguemines. Elle se présente comme une association de parents mobilisés pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme des déséquilibres dans les décisions de garde des enfants.

L’association « Pères en colère » en Moselle-Est

L’association de Moselle-Est a organisé des rassemblements devant le tribunal judiciaire de Sarreguemines pour réclamer une « garde alternée équitable ». Ses membres dénoncent des inégalités qu’ils jugent systématiques dans l’attribution de la résidence des enfants. Ils mettent en avant des chiffres montrant une majorité de décisions favorables aux mères.

Les reportages locaux montrent des banderoles, des prises de parole publiques et des interviews. Le discours met l’accent sur le « droit des enfants à leurs deux parents » et sur la critique d’une justice jugée lente ou inefficace, notamment face aux non-présentations d’enfants.

L’association insiste sur la souffrance de pères qui disent être privés de leurs enfants. Elle souligne également la présence de mères solidaires de la démarche. Elle se présente ainsi comme défendant le lien parent-enfant plutôt que les seuls intérêts masculins.

Dans les déclarations publiques recensées, il n’y a pas de revendication explicite du terme « masculiniste ». Le discours ne s’attaque pas aux femmes en général ni aux féministes en particulier. Le cadrage reste centré sur les « droits des pères » et sur la critique du fonctionnement judiciaire en matière familiale.

La cause des pères comme terrain privilégié du masculinisme

Au-delà de ces groupes précis, des travaux de sociologie et des analyses militantes montrent que le champ des associations de défense des pères constitue un terrain propice à la diffusion d’idées masculinistes.

Le Réseau féministe Ruptures, dans un article intitulé « Cause des pères ou offensive masculiniste », analyse certaines actions spectaculaires comme l’expression d’une stratégie politique visant à inverser la lecture des rapports de domination entre hommes et femmes.

Le sociologue Édouard Leport, auteur de Les papas en danger ?, montre qu’une partie des associations de pères développe des cadres de pensée typiquement masculinistes. On y retrouve notamment la présentation des hommes comme principales victimes du système, la minimisation des violences masculines ou la dénonciation d’un supposé « pouvoir des mères » ou « lobby féministe » dans les institutions.

Des médias régionaux ont également documenté, dans certaines villes, la présence d’influences masculinistes au sein d’associations se revendiquant de la défense des pères, même lorsqu’elles ne se présentent pas comme telles.

Les travaux de Pauline Ferrari sur les masculinistes en France identifient la rhétorique des « hommes en danger » et des « pères persécutés » comme un vecteur central d’une contre-offensive antiféministe. Le vocabulaire de la « crise de la masculinité », de la « dictature féministe » ou des « fausses accusations massives » fait partie de ce répertoire discursif.

Des groupes hétérogènes, entre soutien mutuel et radicalisation possible

Les collectifs Pères en colère ne forment pas un bloc homogène. Ils peuvent rassembler des personnes en grande souffrance après une séparation, à la recherche de soutien et d’informations. Ils peuvent aussi inclure des membres plus politisés diffusant un discours structuré.

Les groupes Facebook fonctionnent souvent comme des espaces d’entraide. Ils peuvent également devenir des chambres d’écho où certains récits se renforcent : justice perçue comme « pro-femmes », hommes présentés comme systématiquement discriminés, fausses accusations considérées comme omniprésentes.

La frontière entre partage d’expérience douloureuse et adoption d’un cadre idéologique peut être floue. Peu de groupes publient un manifeste clair. Ce sont plutôt la répétition de certains thèmes, la manière d’aborder les violences faites aux femmes ou le féminisme, ainsi que les références partagées, qui permettent de situer un groupe dans le paysage politique.

Concernant l’association de Moselle-Est, les observations disponibles montrent un discours centré sur la garde alternée et la critique du système judiciaire. Les marqueurs les plus visibles du masculinisme médiatique n’apparaissent pas de façon explicite. Cela ne permet toutefois pas, à lui seul, de conclure à l’absence totale de circulation d’idées masculinistes dans les réseaux ou les discussions internes.

Comment repérer les marqueurs masculinistes

Pour évaluer le caractère plus ou moins masculiniste d’un groupe se revendiquant de la cause des pères, plusieurs éléments peuvent être observés dans les textes, publications ou prises de parole publiques.

Parmi les marqueurs régulièrement identifiés par les chercheurs :

  • L’idée d’une inversion de la domination, où les hommes seraient devenus les principales victimes d’un système dominé par les femmes ou par un « lobby féministe ».
  • La minimisation ou la négation des violences faites aux femmes, accompagnée d’un discours de stricte « symétrie » des violences.
  • La centralité du thème des fausses accusations présentées comme massives et instrumentalisées pour nuire aux pères.
  • La circulation de références à la « crise de la masculinité », aux figures de « mâle alpha » ou à des influenceurs connus pour leur hostilité envers les femmes.

Plus ces éléments sont présents et normalisés dans les prises de parole, plus un groupe peut être situé dans le champ masculiniste, même sans revendication explicite du terme.
À l’inverse, un collectif qui défend la coparentalité tout en reconnaissant les violences de genre et en évitant les généralisations sur « les femmes » ou « les féministes » ne relève pas du masculinisme.


Sources

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